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Page 1 sur 3 La Cagiva Freccia: l'éternelle jeunesse.
Qui n'a pas rêvé de trouver l'âme sœur, de parfaitement correspondre en un instant magique , de se trouver en harmonie avec soi-même et le monde qui nous entoure pour un moment privilégié? En matière de moto comme du reste, la vérité n'est pas évidente et prend toutes les formes possibles, se révélant à certains d'entre nous.
J'ai eu cette chance, par le plus grand des hasards.
Autant vous le dire tout de suite, ma première moto fût une Cagiva, une Freccia C12R de 90, achetée à l'état d'épave roulante. Utilisée un moment, refaite et revendue, j'en garde un souvenir confus mais agréable. Le " gros cube" m'attendait et accaparait mes pensées. Je crois que c'est ça qui m'a à l'époque empêché d'apprécier cette petite moto à sa juste valeur. Depuis, j'ai eu l'occasion d'essayer de nombreuses machines, toutes plus déraisonnables et puissantes les unes que les autres. Des vieilles et des neuves, d'anciennes gloires et de nouvelles égéries…
Mais un truc me tracassait depuis très longtemps: dans les années 80 et 90, tous les ans, les journalistes de Moto-revue et de Moto-journal avaient pour habitude de se battre pour avoir le privilège de couvrir "l'essai 125" et faire frotter les sliders dans chaque virage qu'on leur mettrait sous les roues. Pourquoi ces professionnels aguerris se pâmeraient-ils devant ces brélons d'à peine 30 canassons, pourquoi eux si habitués à des machines de "grands" se prendraient-ils au jeu avec des mobylettes?
Cette chose m'a été révélée par chance, tout bêtement: Un de mes amis s'est vu dans l'obligation de faire de la route pour son travail et m'a arraché sans peine une vilaine ax mazout qui ne me servait pas. En échange de quoi, il m'a cédé, devinez quoi? Une vieille Freccia, passablement défraîchie, mais entière. Je dois vous avouer que je n'ai pas hésité une seconde de trop. Je prend la vilaine auto qui pue et, à l'heure dite, ma voilà devant la bête promise.
Pour l'heure, elle est démonté, le carénage d'un côté et le réservoir de l'autre, le pneu avant dégonflé, le batterie absente. La magie opérait déjà mais je ne le savais pas encore. En quelques minutes, le tout devient une, sur ses roues. Un peu de poussette et elle craque, crachouille, hoquette, hésite. Encore un peu, elle tient un semblant de ralenti, puis elle consent à accélérer un peu. Je juge que c'est suffisant mais ce n'est pas sans une certaine appréhension que je me prépare à faire 35 kilomètres en pleine campagne, à la nuit tombante. Effectivement je n'ai pas fais cent mètres que je perd la tringlerie de sélection de vitesse. On dévisse l'olive, revisse la tringle, remonte et règle; c'est reparti…
Les premiers kilomètres crispés se passent, je guette tous les bruits qui me semblent suspects, deux doigts sur l'embrayage; je ne sais pas encore à quel moment exact je vais tout prendre dans le museau et l'ange sur mon épaule droite me serine que je suis malade tandis que le diablotin à gauche se roule dans une flaque de larmes en se tenant le ventre.
C'est en sortant d'une agglomération, une fois dans le noir relatif de la nature, livré à moi même, que ça s'est passé… la lune éclaire la route, elle serpente entre les vignes. Je n'ai pas fais réellement exprès, le moteur a pris des tours et le plaisir est arrivé, comme ça. Doucement.
Posé sur cette jolie selle, pile sur le gras du couple-moteur, j'ai fais mentir l'ange et le diable. J'ai enroulé ces courbes sur l'Essentiel de la Moto, cette licorne de légende, légère et puissante sans excès, typée mais pas vulgaire, simple et généreuse. A cet instant, je me suis demandé pourquoi j'aurais eu besoin d'autre chose, qu'est ce qui m'aurait fallu de plus, de moins. Une plus neuve? Non, pourquoi faire? Plus de chevaux? Dans cette courbe là, plus de cavalerie m'aurait fatigué l'esprit et m'aurait fait passer à côté de ces sensations.
Non, j'étais bien sur cette petite Freccia, ni trop ni trop peu.
Je l'ai ramené à la maison et lui ai offert une révision plus poussée, histoire de continuer à faire mentir les deux larrons en foire. Et à chaque fois que je monte dessus et que je met le contact, je me souviens de ce bout de bonheur qu'elle m'a offert.
Un peu d'histoire et de cambouis:
Cette moto n'est pas gratuite; rarement les constructeurs font de gros cadeaux sans arrières pensées mais là, c'est même l'inverse. Une 125 au prix d'un gros cube, c'est possible, et spécialement avec nos amis Italiens. Le C9, le C10 et le C12r ou le SP ne sont que la confirmation de la règle qui ne s'est pas démentie par la suite. Elles valaient cher pour des mobylettes.
Au milieu des années 80, les frères Castiglioni, propriétaires de la marque Cagiva, se portent acquéreurs de Ducati dans le but non pas de relancer la marque, mais de s'adjoindre une usine de moteur de grosse cylindrée. Leur but était de commercialiser une Cagiva de route avec le moteur Pantha si cher au cœur des aficionados. L'histoire nous montrera que cette stratégie ne leur a pas aussi bien réussi que dans leurs espoirs, mais c'est une autre histoire.
Le projet Paso vint au monde assez rapidement en suivant, aidé par des motoristes comme Bordi et Tamburini au design. Le succès fut fulgurant, la presse unanime, la moto bien née. Mais, alors qu'une GSXR de 140 chevaux vous fait de l'œil pour 40000 frs à peine, le Paso en offre 75 pour …70000 francs…
Qu'à cela ne tienne! On en a fait une pour Papa, le fiston aura la sienne. La C9 est calquée sur le Paso à la ligne près, même dessin de jantes, même style de carénage, un drôle de garde boue avant enveloppant mais pas les rétros-cligo-rigolos, qui font curieusement penser aux oreilles de l'éléphant, symbole de la marque Cagiva. Les pots d'échappement débouchent sous la selle et les coloris claquent terriblement. 27 chevaux et un peu de couple, pour 120 kilos à sec pour cette tueuse de Van-van.
La C10 gagnera ces fameux rétroclignorigolos l'année suivante, ainsi que des coloris plus dignes et une pincée de chevaux.
La C12R et le C12 sp, quand à elles, voient leur disque de frein avant gagner les dimensions de moto très sérieuses: un disque en 300 sur étrier Brembo, ça ne plaisante pas du tout. Le garde boue avant reprend le dessin de la gamme Paso ainsi que des jantes à trois bâtons de style plus moderne, les coloris disponibles sont beaucoup moins kitch avec des décos racing du plus bel effet. C'est cette année que le moteur reçoit en même temps une valve à commande électronique et une septième vitesse, chose inconnue et insolite. Les puissances annoncées vont de 30 à 35 chevaux selon les sources. Il faut retenir qu'une bonne machine bien réglée pouvait tenir un 160 kilomètre/heure au chrono, environ 180 au compteur, avec des accélérations réjouissantes après 7000 tours/minutes.
Le règne du Paso pris fin en 93 avec le 907 IE, remplacé instantanément par la fabuleuse 916. le Freccia eut un sort comparable, évincée par la Mito I et surtout la Mito EV, copie conforme de cette 916.
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